Blog Notes

04 mars 2009

Le square des héros, Eva Kavian

Léa, dont la mère est écrivain, consacre ses congés à "développer sa compétence en écriture".

Eva Kavian raconte une histoire, avec beaucoup humour et, déjà, "ce n'est pas rien" ! Mais si ce roman va intéresser tous les participants en ateliers d'écriture c'est aussi parce que récit nous permet de vivre, en temps réel de la lecture, les étapes de l'écriture.

Un bel exercice, qui donne un très beau texte, aussi captivant en soi que clair et didactique !

Le square des héros, Eva Kavian, Editions Le Castor Astral, 2009


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03 mars 2009

Création de la revue

Dans un texte, on ouvre une parenthèse pour s’exclamer, donner une information, faire un détour. Dans la réalité, c’est le défilé des heures que l’on rêve de mettre entre parenthèses, le temps d’une pause, d’une promenade, d’une sieste.

Le temps de prendre le temps.
Nous avons cette ambition.

Comment lire mieux ?
Comment écrire mieux ?

Dans cette revue seront partagées des pistes, certaines déjà explorées, d’autres enore vierges, des raccourcis, des impasses… Seront aussi posés entre ces pages des trésors découverts et de nombreuses questions, celles qui nous réunissent, nous font réfléchir et avancer, avec ou sans réponse.

Ce premier numéro ne pouvait faire l’impasse, dans son dossier, sur sorte de mise au point, de redéfinition globale de ce secteur aujourd’hui en expension. Cela fait, nous pourrons, ensuite, aborder différentes thématiques de manière plus spécifique, en alliant toujours la réflexion de fond aux pratiques concrètes.

Avec cette nouvelle revue des ateliers d’écriture en Communauté française, Indication et Kalame ouvrent une parenthèse qui, on l’espère, ne se fermera pas de si tôt.

Pour se procurer Parenthèse :
- Chez votre libraire (la commander via CARAVELLE)
- Par mail à revueparenthese@gmail.com
- Par téléphone : 02 218 58 02
- Via la boutique du site de www.indications.be


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Parenthèse 2 : les AEs littéraires

Après un premier numéro qui faisait le point sur l’état et le développement du secteur, nous ouvrons aujourd’hui une parenthèse consacrée aux ateliers d’écriture littéraire. Il nous semble en effet indispensable de redéfinir cette notion, de soulever quelques pistes de réflexion essentielles. Les pratiques chez nous ressemblent-elles au « creative writing » ?
Comment un atelier littéraire peut-il accompagner les participants dans la création ?
Ce sont deux regards, complémentaires, qui composent le dossier : ceux de Claudine Tondreau et de Marie-Andrée Delhamende qui ont accepté de partager la réflexion que sus­citent en elles leurs pratiques respectives. Le portrait ajoute un point de vue encore sur cette thématique, celui de Hubert Haddad, écrivain animateur, auteur notamment du Nouveau magasin d’écriture.

Parenthèse s’enrichit déjà d’une nouvelle rubrique, destinée à revenir sur le dossier du numéro précédent pour vous en communiquer « les suites ».
Pour inaugurer cette rubrique, deux participantes de la formation « animer un atelier d’écriture » proposée par Kalame et Indications fin 2008 en collaboration avec le Ministère de la Communauté française, évoquent pour vous ce qu’elles on retiré de ces trois journées.

Bonne lecture, et rendez-vous en mai prochain pour la suite de l’exploration du secteur. Nous nous pencherons cette fois sur les rapports entre la pratique de l’écriture créative et le développement personnel.

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24 février 2009

La chaufferie de langue, Philippe Berthaud, Editions Eres

Extraits de ce livre, incontournable pour les animateurs d'ateliers d'écriture :

Le piège pour moi, en ce domaine comme en bien d’autres, serait de trop théoriser. Pour avoir trop "souffert" de tous les discours sur, à propos, pour, contre les ateliers d’écriture, j’essaierai d’éviter ces écueils, d’où cette modeste tentative de simplement exposer ma pratique et les méthodes que j’utilise."
(…)
" Autre chose, l’animateur doit rencontrer les autres de l’atelier au point extrême de sa propre recherche. Il ne faut pas de rétention d’information. Exercices d’un côté, mon oeuvre de l’autre. Il faut que cela soit noué. Quelles que soient les conditions matérielles difficiles d’un écrivain, un atelier d’écriture ne doit pas être une séance d’écriture au rabais, un pis-aller en attente de jours meilleurs. C’est pour cela qu’animer un atelier d’écriture n’a pas de lien direct avec la qualité d’être écrivain. Certains ateliers "tenus" et non menés par certains écrivains tiennent de l’imposture. Avoir écrit un livre n’autorise pas de fait une compétence en atelier d’écriture. Alors qu’est-ce qui autorise à animer un atelier d’écriture ? Rien, professionnellement, même si, enfin, des espaces institutionnels mettent en place des formations pour animateurs d’ateliers d’écriture. Finalement, cela ne change rien aux problèmes que pose l’écriture en atelier. Animateur formé ou écrivain dépêché dans le cadre d’une résidence, cela ne dit rien de plus sur ce que doit être un atelier d’écriture.
Renouer ou nouer un lien avec l’écriture, un lien personnel, là où l’intime et l’extérieur se mêlent, dans la langue dépliée devant soi avec sa géographie, ses plis, ses figements, et violemment bouger ce flux de noeuds ; le mettre en marche pour se mettre en marche à son tour.
L’atelier d’écriture doit être le lieu par excellence du flottement dans la langue. Là où justement les noeuds se desserrent. Le lieu de libération de ce qui travaille en nous et que nous ignorons. Là aussi, pas tant pour mettre au jour quelque trauma enfoui que pour découvrir notre lexique personnel sans lequel il ne peut y avoir d’écriture réelle. Lieu de flottement sans cesse suscité pour renforcer notre intelligence intuitive. L’atelier d’écriture : pratique intensive de l’intelligence intuitive."
(...)
"Apprendre à ne plus lire la faute comme quelque chose à corriger mais comme du sens qui cherche à émerger est pour moi un des enjeux fondamentaux de l'atelier"


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23 février 2009

"Femmes" - La Louvière - 2008

Un atelier d'écriture a réuni 5 photographes toutes étudiantes aux "Arts et métiers" à La Louvière, afin d'écrire quelques textes destinés à accompagner leur exposition...

photo

Femmes, une exposition au féminin pluriel

Quelques femmes décident de partir, objectif en main, à la découvert de La femme.
Elles repèrent, rencontrent, observent, parlent, cherchent, écoutent…
Puis photographient.
Puis rassemblent leur travail, comparent, s’étonnent, s’émeuvent, partagent…
Et butent contre une impossibilité : celle de monter une expo autour de La femme ! Trop de réalités et de nuances, trop de richesse et de différences. On risque de stygmatiser, caricaturer, effleurer, tromper, uniformiser, réduire, mentir !
Mais elles en reparlent, car ce projet leur tient à cœur.
Et c’est en jouant avec les mots que le projet émerge, que l’expo soudain existe à leurs yeux : cette expo montrera justement cette impossibilté de cerner La femme !

Cette exposition sera donc plurielle : elle montrera que si un même sexe, un même genre les réunit, elles sont toutes uniques et différentes.
Cette exposition sera aussi partielle : elle montrera que nul ne peut imaginer cerner, faire le tour, représenter la femme, la féminité, la féminitude, le féminisme, le féminin.
Cette exposition sera rebelle : elle montrera des femmes qui se battent, qui osent, qui font, qui vivent avec force, volonté, courage ; pilier bien souvent d’une famille à qui elles vouent leur temps, leur énergie, leur corps, leur jeunesse.
Cette exposition sera universelle : elle montrera paradoxalement que, si on ne peut les réduire à un genre, à un sexe commun, un lien existe, de par le monde, qui les relie.
Un lien aussi inclassable qu’incassable.
Un lien incolore, impalpable. …
Et pourtant visible. Car c’est lui, ce lien entre elles toutes, ce lien qui rassemble sans les enchaîner toutes les femmes du monde, c’est lui le véritable sujet de cette exposition.

le_soir_hainaut


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Atelier d’écriture : la jeunesse du narrateur

« Le fourneau à gaz asphyxie les enfants s’ils s’amusent à tourner ses boutons, les robinets inondent les tapis et noient les chaises si un enfant les ouvre pour jouer. Entre les mains d’un enfant, les allumettes font des incendies qui dévorent les rideaux et les murs, et qui tuent tous les locataires de l’immeuble. Les enfants doivent toujours faire très attention à tout, justement parce que ce sont des enfants, et qu’ils ne se rendent pas encore compte. C’est maman qui le dit, et aussi la grand-mère. »
Extrait de Julie Guerlan « Première Communion » Le Grand Miroir

Atelier d’écriture : la jeunesse du narrateur

Se mettre à hauteur de l’enfant que nous avons tous été, en retrouver le regard, la naïveté doublée de claivoyance, le questionnement doublé de certitudes…
Choisir le point de vue d’un ado, se souvenir du chaos de cet âge de transition, chercher à traduire l’excès, l’opposition, l’affirmation…

Ensemble, nous allons explorer le potentiel lié au choix d’un narrateur ; commencer par oublier les règles de la langue pour en inventer de nouvelles, pour créer des mots, et nous permettre d’écrire en grande liberté.

Les propostions d’écriture seront illustrées de nombreux extraits de textes littéraires : Julie Guerlan (Première communion – Le Grand Miroir), Corinne Hoex (« Le Grand menu » Editions de L’Olivier et « Ma robe n’est pas froissée » Editions Nouvelles), Eva Kavian (« La dernière Licorne » Mijade, et « Le square des Héros », Castor astral) , Howard Butten (« Quand j’avais cinq ans je m’ai tué »), JD Salinger (« L’attrape-cœurs »), Sylvain Trudel (« Le souffle de l'Harmattan », Ed Les Allusifs), Gaetan Soucy (« La petite fille qui aimait trop les allumettes »)…

Il n’est pas nécessaire d’avoir lu ces livres, et aucun prérequis n’est demandé, que l’envie d’écrire dans l’ouverture, le partage et le respect ; et la ponctualité…

Deux séances d’atelier, indissociables, les samedis 25 avril et 9 mai 09, de 13h à 17h
Prix : 40 euros
Lieu : Librairie Graffiti, Chaussée de Bruxelles 129-131 - 1410 Waterloo - Belgique
www.librairiegraffiti.be
Inscription (obligatoire) : sur place ou par téléphone : 02 354 57 96
Groupe : maximum 8 participants, à partir de 18 ans
Animation : Réjane Peigny, auteur (parmi ses publications : « M’écrire », aux éditions Traces de Vie), formatrice et animatrice d’ateliers d’écriture. Fondatrice et coordinatrice du réseau Kalame (www.kalame.be), elle a été pendant 4 ans directrice de collection aux éditions Le Grand Miroir. http://rejanepeigny.canalblog.com/

« Nous avons dû prendre l'univers en main mon frère et moi car un matin peu avant l'aube papa rendit l'âme sans crier gare. Sa dépouille crispée dans une douleur dont il ne restait que l'écorce, ses décrets si subitement tombés en poussière, tout ça gisait dans la chambre de l'étage d'où papa nous commandait tout, la veille encore. Il nous fallait des ordres pour ne pas nous affaisser en morceaux, mon frère et moi, c'était notre mortier. Sans papa nous ne savions rien faire. À peine pouvions-nous par nous-mêmes hésiter, exister, avoir peur, souffrir. »
Gaétan Soucy « La petite fille qui aimait trop les allumettes »

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22 février 2009

vous aurez de mes nouvelles, Jean-Paul Dubois, Points, 2006

... " Je savais maintenant que je n'appellerais plus Elizabeth, je savais que personne ne m'attendait ni ne m'espérait, qu'il fallait que je me débrouille seul avec les jours à venir. Pour me déplacer, il me restait une voiture qui chauffait, et pour parler, un gosse qui poignardait les chiens. (...) Le garçon posa devant moi une bouteille de tequilla. Je lui tendis un billet, et la monnaie qu'il me rendit émit un bruit désagréable dans la soucoupe. Il y avait du monde et des gens venaient régulièrement glisser des pièces dans le juke-box. Je ne connaissais aucun des airs que jouait cette machine. C'était normal, je n'étais pas chez moi. C'est à des détails comme cela que l'on mesure à quel point on est loin de sa vie."...
(Extrait de la nouvelle "Prends soin de toi")

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21 février 2009

La pluie, avant qu'elle tombe, Jonathan Coe, Gallimard, 2009

" Je me rappelle très nettement cette sensation - cette pensée. La conscience que, parfois, il est possible - il est même nécessaire - d'associer des contraires; d'admettre la vérité de deux choses qui se contredisent complètement. Je commençais tout juste à le comprendre, à reconnaître que c'est là l'une des conditions fondamentales de notre existence. Quel âge j'avais ? Trente-trois ans. Oui, effectivement : on pourrait dire que je commençais à être adulte."
(...)
"... je te raconte tout pêle-mêle. Mais peut-être qu'il n'y a pas d'ordre, après tout. Peut-être que l'ordre naturel des choses, c'est le chaos et l'aléatoire. Je ne suis pas loin d'en être convaincue."
(...)
"... rien de tout ça n'aurait du arriver, ce n'est qu'une longue suite d'erreurs terribles, terribles, et pourtant regarde à quoi ça a abouti. Ca a abouti à toi, Imogen ! Et quand je vois le portrait que Ruth a fait de toi, il me paraît évident qu'il fallait que tu existes. Il y a chez toi quelque chose de bon, de juste, de nécessaire. L'idée que tu aurais pu ne pas exister, que tu aurais pu ne jamais naître, me paraît si injuste, si monstrueuse et contre nature... Ca ne veut pas dire que ton existence corrige ou annule toutes ces erreurs. Elle ne justifie rien. Ce que ça signifie - je l'ai peut-être déjà dit ? Je crois que oui, même si c'est en d'autres termes - ou plutôt ce que ça me fait comprendre, c'est ceci : la vie ne commence à avoir un sens qu'en admettant que parfois, souvent, toujours, deux idées absolument contradictoires peuvent être vraies en même temps.
Tout ce qui a abouti à toi était injuste. Donc tu n'aurais pas du naître.
Mais tout chez toi est absolument juste : il fallait que tu naisses.
Tu étais inévitable."

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20 février 2009

Lire, Ecrire, Paul Willems, Fata Morgana 2005

Il n’y a pas deux actes : concevoir et écrire, il n’y en a qu’un.
(...)
La méditation n’est qu’un comportement, une attitude physique qui précède toute action importante… L’attente avant l’action n’est pas contrôlée par la volonté consciente. (…) C’est une sorte de béance. Une sorte d’ouverture de l’être entier à l’afflux des signes. Attitude physique brute qui me semble précéder le langage. Pendant que j’étais étendu sur le banc de sable, rien de ce qui venait à moi n’était nommé. Plus tard, parfois des années après, les chants et les lumières informulés du monde se métamorphoseront en écriture.
(...)
Ecrire est un acte mû par le désir, la peur, l’inquiétude, la joie, la colère ou par la nostalgie de l’horizon … Ecrire c’est aussi nommer. Acte de foi toujours déçu. L’horizon espéré n’est jamais atteint, ni même approché et ce que nous croyons prendre s’évanouit au moment où nous le nommons. Si les illusions n’étaient pas increvables, on n’écrirait plus. Donc, acte de foi déçu, voyage inutile. Un voyage ne s’analyse pas, ne se démontre pas. Il se raconte.
(...)
Le poète est seul (…) Et ce qu’il ressent, il le dit à un homme solitaire, son lecteur inconnu qui en reçoit seul la confidence – modeste ou immense – pour y répondre tout bas en lui-même. C’est dans ces œuvres-là que l’écriture acquiert sa fonction la plus sacrée et la plus belle. L’œuvre se donne et n’attend rien en échange de ce qu’elle apporte : rien et tout. Elle n’est au service de personne. Elle ne sert à rien. Elle donne. Merveilleuse musique, solitude effrayante mais exquise.
(...)
Il serait redoutable et merveilleux que le poète tombe d’un filin d’acier s’il ratait son livre. On saurait à quoi s’en tenir. Mais cela ne durerait pas longtemps. Les mauvais poètes travailleraient avec filet et tomberaient mollement en faisant des grâces. Mais la poésie n’est pas manichéenne comme le cirque, qui ne connaît que l’altervantive de la perfection ou de la mort. Le danger d’écrire est infiniment plus complexe. Le danger peut venir de l’extérieur, par exemple sous les dictatures (…) La véritable menace vient de l’intérieur. Le poète est seul devant la page, traduit devant son propre tribunal. Ses jurés se nomment incertitude, angoisse, nuit blanche, peur. Rarement, très rarement : joie. L’acte d’écrire est dangereux parce qu’il fait douter de soi. Ce n’est pas la page blanche qui donne le vertige, c’est la page noircie, souillée de mots. Un mauvais vertige qui se change en morne désespoir quand on se relit. L’effort est immense. Les plus grands écrivains y ont sacrifié leur vie. Balzac et Proust ont succombé au travail. Kleist, Nerval et Artaud se sont suicidés. D’autres se sont systématiquement détruits comme Rimbaud, d’autres enfin, tel Max Elskamp, se sont trop approchés des frontières et y ont perdu la raison. Certains pourtant, et les plus illustres, sont morts glorieux. On leur en veut un peu du sourire satisfait qu’arbore leur masque. Goethe, par exemple, donne procuration à Werther, qui se suicide à sa place, et à Faust qui signe pour lui un pacte avec le Diable.
(...)
Le combat, si courageux ou intelligent soit-il, ne sucite pas nécéssairement des œuvres de qualité. Héros d’une cause, des écrivains furent fusillés, mais certains écrivaient de mauvais poèmes. Comme il y a eu de grands poètes parmi les traîtres.
(...)
E n lisant ce texte, j’ai été soulevé par une vague, celle qui nous porte quand nous lisons un texte qui révèle un des secrets du monde … parfois l’exlatation n’est pas d’effroi mais de très pur plaisir … Les étapes de la phrase et ses articulations, la précision, la respiration exquise de ce texte rythmé par une ponctuation raffinée suscitent en moi le ravissement. Ici, la pensée n’a pas cherché sa forme. La pensée est la forme et la forme est la pensée.
(...)
Pour avoir accès à ce texte, il faut avoir bu soi-même aux sources de la littérature qui l’inspire. Il ne s’agit pas d’une connaissance intellectuelle, d’une mémoire d’érudition, mais d’une longue fréquentation de cette littérature

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Tout le monde devrait écrire, Georges Picard, José Corti, 2006

Comme beaucoup je pourrais aller jusqu’à soutenir que c’est l’écriture qui appelle, stimule et formalise ma pensée. Ecrire pour penser plutôt que penser pour écrire : étrange retournement des priorités dans les domaines didactiques, mais positionnement naturel, me semble-t-il, en littérature. Si l’on considère qu’une pensée sans forme n’est qu’une intuition à la limite de l’impalpable, une sorte de vapeur cérébrale, on conçoit aisément l’inéluctabilité de la verbalisation (…) Pour être au clair avec soi-même, pour savoir de quoi sa propre pensée est réelement capable, l’épreuve de l’écriture me paraît cruciale. Peut-être publie-t-on trop, mais il n’est pas sûr que l’on écrive suffisamment. Tout le monde devrait écrire pour soi dans la concentration et la solitude : un bon moyen de savoir ce que l’on sait, et d’entrevoir ce que l’on ignore sur le mécanisme de son cerveau, sur son pouvoir de captation et d’interprétation des stimuli extérieurs (…) L’écriture acharnée qui force à réfléchir reste l’une des armes les plus solides contre la sauvagerie et l’impuissance. Chacun avec ses moyens propres peut facilement s’en emparerLes moyens et la fin se conditionnent mutuellement dans l’écriture : style, vision du monde et tempérament sont les aperçus d’une même réalité, celle qui fait l’œuvre de l’écrivain.
(…)
Après 20 ans d’écriture (ce qui est peu, finalement), je me demande quelle surprise j’attends encore de moi.
(...)
J’ai senti combien le relâchement de la conscience de soi permettait de suivre inconsciemment le tracé de sa propre énigme en s’offrant à soi-même la délectation de s’envisager comme un semi-inconnu dans une sorte de scizophrénie créatrice palpitante.
(...)
Peut-être ne devenons-nous écrivain qu’à partir du moment où nous sommes moins tenté par la perfection que par la volonté d’assumer en conscience nos imperfections.
(...)
Quiconque n’a pas le sang de risquer une crise pour un mot ou une virgule ne comprendra jamais l’exaspération intime cachée derrière tout acte réelement créateur.
(...)
Je défends l’idée que les lecteurs ont tout à gagner à aborder les livres sur le mode érotique, c’est à dire avec une pasion sincère et inspirée. La première lecture me semble d’autant plus prometteuse qu’elle se place sous le signe presque exculsif du plaisir non prévenu. Lecture naïve, libre, jouissive : la lecture, comment l’oublier, consacre la pénétration d’une intimité par une autre.
(...)
L’aisance de la compréhension présentée comme qualité fondamentale porte en elle le virus de cette maladie contemporaine qui consiste à tirer les activités les plus substancielles vers le bas, à leur décerner le label « loisir » après les avoir grossièrement édulcorées (…) Si tout le monde a le droit théorique d’accéder à Rimbaud, à Proust ou à Joyce, rares sont les personnes, y compris peut-être parmi les intellectuels, qui s’adonnent à une lecture amoureuse de ces auteurs. Ce n’est pas en rendant ceux-ci plus « abordables » qu’on contournera le problème.
(...)
La valeur d’un livre exige pour se révéler la bonne disposition du lecteur (…) qui, si elle est nécessaire, ne débouche pas forcément sur l’approbation ou le plaisir. Mais en faire l’économie fausse la qualité du jugement.
(...)
Sans sa large marge d’incertitude, la littérature ne pourrait pas prétendreà un autre statut qu’un article journalistique ou scientifique. L’auteur le plus calculateur, de la famille de Raymond Roussel ou de Georges Perec, par exemple, retrouvera toujours quelque chose de plus que ce qu’il a mis lucidement dans un livre (…) Je ne connais pas une seule esthétique qui repose sur autre chose que sur le tempérament. C’est lui qui conditionne en dernière analyse les différents ingrédients formels de l’art d’écrire – quand ce n’est pas le cas, on est en présence d’un exercice, fût-il de très haute école, beaucoup plus que d’une œuvre sourcée au cœur de la personnalité du créateur (…) La création, faut-il insister, ne se confond pas avec la production. Produire, je le pourrai toujours, ayant acquis depuis longtemps les automatismes d’écriture suffisants pour noircir du papier. Ce que j’appelle création, c’est le dynamisme de l’imagination, le pouvoir d’organisation du texte et la personnalité de la voix qui font naître un monde inimitable
(...)
Pourquoi avons-nous laissé passer le sens profond du texte ? La résistance qu’il nous a opposée, doit-on l’interpréter comme une déficience ou comme l’indice d’une subtilité cachée aux lecteurs impatients (...) Combien d’œuvres sont à double fond, si l’on peut dire ! Et on peut le dire de toutes les grandes œuvres, puisque leur sens immédiat n’épuise pas leur contenu (…) Tout ouvrage dont le sens peut se déployer dans le discours n’appartient pas à la littérature. En littérature, il n’y a pas deux façons différentes de dire la même chose : quand les mots changent, l’essentiel change (…) Le poème est un objet intouchable (…) Il y a parfois de la meilleure littérature dans des ouvrages de jardinage ou de cuisine que dans certains romans. La littérature n’est pas la fiction, mais l’imagination et le style.


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